11/05 – Childhood’s new land

Clément avait cinq ans quand je l’ai entendu jouer du piano pour la première fois. J’en avais dix de plus et étais bien plus occupée à courir (en vain) les garçons qu’à faire mes gammes… Lui semblait déjà dans sa bulle, minuscule derrière son instrument. Avec sa soeur, violoncelliste, ils improvisaient des concerts classiques aux réveillons. Mais il a fallu que les années nous rapprochent pour que je découvre que Clément est bien plus qu’un excellent musicien. Il a le génie des (trop?) sensibles. De ceux qui touchent et sont touchés par une note à peine audible, par un frottement, par un souffle. Il a la folie des rockeurs et la technique des joueurs de classique. Gainsbourg et Dylan l’inspirent autant que Bartok et Liszt. Clément est un homme complet, complexe. Il est mon cousin, presque mon frère. Nous rêvions depuis longtemps de faire un morceau ensemble. Il nous aura fallu vingt ans pour sauter le pas. 

Clément a tout de suite accepté de faire partie de ce 33’Tour. « Mais tu ne me feras pas chanter, hein! », avait-il prévenu.
J’ai pris le RER B jusqu’à Bagneux. C’était la première fois que je venais chez lui. Clément est plus jeune que moi, je n’ai pas le droit d’avoir plus peur que lui. Pourtant je tremblais à l’idée de le décevoir. Lui aussi était intimidé. C’était étrange. Comme une première rencontre alors que l’on se connait depuis sa naissance.
Il avait imaginé quelques accords. Un morceau un peu triste, presque nostalgique. Les notes ont dessiné des images dans ma tête. J’ai pensé à mon frère que je ne vois plus. Est-ce que l’âge adulte assassine forcément la légèreté de l’enfance? Est-ce que, quoi qu’il arrive, les liens du sang peuvent survivre ?  

J’ai sorti mon carnet et ai écrit le texte d’une traite. Les mots venaient en anglais. Par pudeur peut-être. Ou parce qu’avec Clément je voulais faire quelque chose d’inédit. « Malgré ce qui s’est passé, je serai toujours là, dans ton dos, à un souffle de ta peau. Allez viens, on joue à nouveau, on rembobine et redessine le pays de l’enfance. « 
En français j’aurais écrit quelque chose comme ça. 
J’ai maladroitement essayé de chanter ces mots de l’intime sur la mélodie de Clément. C’était fragile, mais on a su que notre chanson était là. Dans ces éraillements de voix. 

Et pour réinventer ce Childhood’s new land sans artifice, nous avons demandé à nos autres cousins, Joachim et Anaïs, de jouer avec nous à l’image. Comme les miroirs des mômes que nous étions.
« Wherever you’ll stay, I won’t be far away. Just stay nearby, hidden from your smile ».
Parce que du sourire et des larmes, il y en aura toujours dans nos familles. Mais croix de bois croix de fer, je te tiens tu me tiens par la barbichette, le premier qui s’en va aura affaire à moi. 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s